miércoles, 7 de mayo de 2008

Maroc: l'or vert du Rif

Nº1654

SEMAINE DU JEUDI 18 Juillet 1996



Avec ses 65000hectares d’«herbe» ou de kif qui produisent 1500tonnes de haschisch, le Maroc est un des premiers producteurs de cannabis au monde; 80% du haschisch saisi en Europe vient de la région du Rif. A titre de comparaison, le Liban, premier producteur mondial jusqu’à la fin des années80, produisait 995tonnes de hasch dans la plaine de la Bekaa. Le prix du haschisch est fonction de sa teneur en principe actif ou THC (tétrahydrocannabinol). Les fleurs sommitales du plant de cannabis fournissent le «spoutnik», la première qualité, dont la teneur en THC est jusqu’à 10fois plus importante que celle des basses feuilles qui ne servent qu’à faire le kif. Les trafiquants paient au producteur moins de 1000francs le kilo pour la moins bonne qualité, 6000francs pour la meilleure. Elles seront revendues de 20000 à 80000francs le kilo en Europe. Aucun produit agricole ou industriel ne procure une telle plus-value. Première source de devises du pays, le chiffre d’affaires du trafic représente 2milliards de dollars, soit près de 10% du PNB marocain. Près de 3millions de personnes vivent directement ou indirectement de l’argent sale généré par le trafic dans le nord du Maroc.
Contrairement à ce que l’on croit, c’est par la France que transite le haschisch consommé aux Pays-Bas (7335kilos saisis en 1995). Plus de 80% du hasch français vient du Maroc via l’Espagne. Comme l’explique Michel Koutouzis, de l’Observatoire géopolitique des Drogues (OGD)[1]: «Après la crise franco-hollandaise, le gouvernement a réalisé - tous les chiffres le montraient - que l’on était en train de se battre contre quelque chose qui n’existait pas. On ne pouvait pas accuser les Néerlandais d’introduire du hasch en France: il venait du Maroc à 97%. On a donc décidé de se concentrer sur l’héroïne.»
Le gouvernement français n’a jamais voulu demander au Maroc d’éradiquer ses cultures de kif. Il veut protéger ses liens privilégiés avec le roi (on a récemment accusé des membres du gouvernement marocain de se livrer au trafic de cannabis) et ne pas l’affaiblir face à la montée de l’intégrisme. Une attitude qui met notre pays en porte-à-faux vis-à-vis de la Communauté européenne. La France s’oppose à la dépénalisation du hasch, mais veut protéger le Maroc. Le reste de la Communauté est en train de dépénaliser le hasch, mais a une politique dure envers le Maroc qu’elle accuse d’être devenu, aussi, une plaque tournante pour le trafic des drogues dures.

S. D

(1) Voir l'entretien avec Michel Koutouzis,page 14.

Sara Daniel
Le Nouvel Observateur

No hay comentarios.: